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Leila Ghandi dans une tribu en Tanzanie, l'année dernière.

Leila Ghandi, reporter et photo-journaliste

Leila Ghandi dans une tribu en Tanzanie, l’année dernière.

Veste beige, jean décontracté et cheveux bouclés, Leila Ghandi attend, assise, dans un café de Casablanca. Elle joue avec un sachet de sucre. Son sourire, communicatif, comme gravé sur son visage, emporte ses interlocuteurs dès les premiers échanges. La jeune Marocaine, dont la préoccupation principale est d’aller vers les autres, n’est pas avare de paroles lorsqu’il s’agit de ses convictions.

Montrer la richesse de la diversité

À 32 ans, Leila Ghandi est devenue pour de nombreux Marocains, la “Christophe Colomb du XXIe siècle”. Depuis deux ans, elle anime la série d’émissions “Voyages avec Leïla Ghandi”, dans laquelle elle propose chaque mois aux téléspectateurs de la deuxième chaîne du Maroc, 2M, de découvrir un pays en balayant les idées reçues et les incompréhensions que les Marocains ont du monde actuel.

“Je ne suis que le véhicule entre les témoignages recueillis lors de ces voyages. Mon principal objectif relève de la transmission de messages politiques, culturels ou religieux qui vont dans le sens du respect de la diversité et du pluralisme.”

LEILA GHANDI.

Dans ce but, cette diplômée de Sciences Po Paris alterne les rencontres entre grands dirigeants et anonymes, ne se focalisant pas plus sur les uns que sur les autres.

“Que ce soit face à un balayeur ou à un président de la République, mon approche reste la même”, soutient-elle. Cette ligne de conduite transparaît à travers le petit écran et décomplexe certains de ses téléspectateurs, devenus des inconditionnels des tribulations d’une de leurs meilleures représentantes dans le monde.

Sur les réseaux sociaux, les remerciements pour l’ouverture d’esprit de ses documentaires côtoient les témoignages de familles marocaines pour qui ce rendez-vous mensuel est devenu une source d’inspiration.

Pourtant, ses voyages n’obsèdent pas Leïla Ghandi. Ils restent à ses yeux un outil pour mieux faire passer ses messages d’ouverture sur les autres et de respect des différences de chacun.

Les pieds ancrés au Maroc

Lorsqu’elle part, Leila a toujours un drapeau marocain accroché à son sac-à-dos. Preuve, s’il en était besoin, de sa fidélité au Maroc.

Pour chaque départ, Leila emporte une quinzaine de chech dans ses bagages, qu’elle offre au gré de ses rencontres en guise de signe de paix.

Un attachement qui se traduit pour la jeune Casablancaise par son engagement auprès de nombreuses associations du Royaume (Bayti, Noujoum, etc), ainsi que dans des fondations internationales (Drosos, par exemple, qui travaille sur le développement humain). En contact direct avec les Marocains, elle va sur le terrain, pour monter des ateliers photos avec les enfants ou lever des fonds pour les associations.

Personnes handicapées, enfants des rues, conditions des femmes marocaines, Leila s’implique sur tous les fronts: “La justice sociale porte chacun de mes combats. Le Maroc doit vraiment s’investir dans ce sens”.

Leila ne se contente pas d’être une simple globe-trotteuse comme on la décrit trop souvent. Leila sait qu’elle a un rôle à assumer en tant que femme de médias. Son intention est bien de contribuer, à sa manière, à faire respecter les diversités culturelles qui font depuis toujours l’exception culturelle marocaine.

Militante de terrain…

Elle participe, de par ses émissions, ses photographies et ses écrits, à lutter contre le monolithisme identitaire. “Toutes les cultures et toutes les religions ont toujours cohabité au Maroc. Il me semble important de préserver cette diversité afin de garantir les libertés individuelles de tous les Marocains”.

L’action de Leila Ghandi dans le monde contribue à évacuer les amalguames et raccourcis dont souffrent les musulmans.

La journaliste milite au quotidien pour un Maroc progressiste et moderne : “Ma première inspiration reste le Maroc et son pluralisme, qui fait partie de notre histoire”. Elle travaille ainsi sur un projet regroupant les photographies qu’elle a réalisées au Maroc pendant plusieurs années, mettant en valeur la richesse de notre diversité. “Je veux montrer, sans artifices, les populations noires d’Erfoud, les libraires des Habbous mais également les femmes marocaines voilées”, insiste-t-elle.

“Nous devons être capable, nous Marocains, de respecter la différence de l’autre, la diversité qui nourrit ce pays depuis des générations. Chacun doit se sentir chez soi, il n’y a pas de Marocains de seconde zone.”

LEILA GHANDI.

Éclairée, Leila est une femme musulmane et laïque. “Au Maroc, il existe par exemple un amalgame entre laïcité et athéisme. Être laïc ne veut pas dire être contre la religion. Cela ne devrait plus être une insulte dans notre pays. Il est tout à fait possible d’être musulman et laïc”.

Souvent, elle a pensé faire de la politique. Aujourd’hui, à travers ses projets, elle baigne dedans, avec la volonté de mettre en lumière la richesse de diversités qui constitue tous les pays du monde. “Quand j’interviewe le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, et qu’il me dit que la Palestine reconnaît l’Etat d’Israël, ce n’est pas anodin. C’est de la politique”…

C’est dire si la journaliste assume ses choix de vie et professionnels. Et même, s’il faut faire quelques compromis sans jamais tomber dans la compromission, elle continue à vouloir alimenter les débats au sein de la société marocaine. “Il faut avoir le courage de ses opinions, oser s’exposer et dire les choses. Se taire, c’est laisser faire” reprend t-elle comme un leitmotiv.

Démocrate dans l’âme

L’engagement n’est pas un vain mot chez Leïla Ghandi qui clame haut et fort son attachement aux valeurs démocratiques. Mais la belle Marocaine ne hurle pas avec les loups. On lui a ainsi reproché ses critiques contre la démocratie, l’accusant même d’être favorable à la dictature.

“La démocratie est, jusqu’à preuve du contraire, le meilleur système. Mais il faut qu’au-delà des lois, il y ait une évolution des mentalités. Pour que la démocratie ne soit pas qu’une coquille vide, il faut qu’elle soit accompagnée d’un état d’esprit et associée aux valeurs démocratiques.”

LEILA GHANDI.

Dans cette période marquée par le “Printemps arabe”, Leila appelle à la vigilance de la société civile de peur de se voir confisquer leur révolution, “sous couvert de régimes démocratiques”. Pour elle, la démocratie ne peut être ni importée, ni exportée. “C’est un long apprentissage, dont les phases transitoires prennent du temps. C’est précisément là qu’il faut être le plus vigilant. La France a bien mis plus de deux siècles à asseoir son système démocratique”.

“La voix du peuple est essentielle. Mais il n’a pas toujours raison. Quelquefois, il faut imposer des changements sans attendre que la population soit prête à les accepter” prône-t-elle, citant l’exemple de la réforme de la Moudawana, décriée à l’époque par une majorité de Marocains et aujourd’hui encensée.

Inspirer les Marocains

Leila représente souvent le Maroc et l’Afrique du Nord auprès d’organismes et de conférences sur le plan international.

Gilles Kepel, aux côtés de qui elle a réalisé un reportage sur les sociétés arabo-musulmane, confie que Leila apporte une autre vision de son pays à l’international. Ce spécialiste du monde arabe contemporain assure que la jeune femme “contribue à désenclaver le Maroc à travers ses projets”.

Consacrée, il y a 10 jours, comme l’un des nouveaux leaders dans la promotion du développement du pays auprès des jeunes, par le réseau Tariq Ibnou Ziyad Initiative, Leila se méfie des rêves à idée fixe. Son souhait est de continuer à faire évoluer les mentalités, d’inspirer les Marocaines et Marocains et d’être une actrice des changements du Maroc, en poursuivant ses actions au sein de la société civile.

Cependant, Leila ne se penche pas trop sur l’avenir. Comme l’écrivait Saint-Augustin, elle avance sur sa route et la fait exister par sa marche.

Leila Ghandi en accéléré

Leila voit le jour en 1980 à Casablanca. Elle entreprend son premier voyage, en solitaire en 1995 en Grande-Bretagne. Diplômée de Sciences Po Paris à l’été 2004, Leila entame une carrière de chargée de relations internationales dans diverses administrations et organismes. Finalement, elle envoie tout balader, et se consacre à la découverte des citoyens du monde. En 2006, première consécration grâce à sa première exposition de photographie. Engagée et reconnue, à travers sa participation à de nombreux médias, la chaîne2M lui confie une émission mensuelle en prime-time. Mariée, Leila parle cinq langues et a visité plus de soixante-pays, “mais ce n’est pas mon but”.

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