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MAROC-AFRIQUE DU SUD : LE COÛT ÉCONOMIQUE DE LA BROUILLE

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Les relations économiques avec l’Afrique du Sud, l’une des économies les plus prospères du continent, demeurent grippées par la discorde autour de la question du Sahara. La diplomatie marocaine semble toutefois de plus en plus explorer les intérêts économiques et commerciaux afin d’infléchir la position de Pretoria et de poursuivre son expansion africaine.

La rumeur se veut de plus en plus insistante. 12 ans après la rupture des relations diplomatiques avec Pretoria, le Maroc serait en train d’étudier le retour de son ambassadeur en Afrique du Sud. L’information a été rapportée par certains médias étrangers et sud-africains à la fin de la semaine dernière. Parallèlement, les dépêches se suivent et se ressemblent depuis quelques jours sur la plateforme de l’agence de presse officielle MAP. Celles-ci font état de déclarations de diplomates africains installés à Pretoria et de hauts responsables sud-africains vantant l’importance des relations entre le Maroc et l’Afrique du Sud ou encore l’incontournable retour du royaume au sein de la famille de l’Union africaine.

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Nouveau paradigme

Un vrai changement de paradigme dans la politique étrangère marocaine, notamment sa politique commerciale, est en train de se dessiner. «Désormais, le Maroc veut rompre avec les concepts d’exclusion qui prévalaient dans le cadre de sa politique commerciale, y compris avec les pays qui ont traditionnellement eu des positions hostiles à l’encontre de la cause nationale», explique Nabil Boubrahimi, professeur d’économie à la Faculté Ibn Tofail de Kénitra. Il semble que le Maroc voudrait aujourd’hui prendre l’ascendant sur les questions politiques, grâce notamment, au levier économique. « Le levier économique peut aider à dépasser les problématiques d’idéologie qui subsistent avec certains pays», commente Mehdi Bensaid, président de la Commission des Affaires étrangères au sein de la Chambre des représentants. En attendant, la brouille politique a eu un important coût économique pour les deux pays.

Les échanges économiques ont pendant longtemps été insignifiants. Ils oscillent, durant ces dernières années, entre 300 et 600 millions DH à l’import et dépassent rarement 200 millions DH à l’export. L’année 2015 a, semble-t-il, été exceptionnelle avec un volume de l’export, aux alentours de 762 MDH et des importations en provenance de l’Afrique du Sud, de l’ordre de 3,5 MMDH (voir tableaux). Quant aux IDE, ils sont inexistants. Pourtant, les potentialités de coopération sont énormes. L’Afrique du Sud est l’un des plus grands importateurs de produits agricoles et de textile en Afrique et dans le monde, des produits pour lesquels le Maroc dispose d’une offre variée et de qualité. En contrepartie, l’Afrique du Sud est la première source d’IDE intra-africains pour le continent.

Ce pays est leader mondial dans les secteurs de matériaux roulants ferroviaires, des combustibles synthétiques ainsi que des équipements et machines pour mines. Des partenariats financiers maroco-africains peuvent être des accélérateurs d’accès au marché sud-africain et aux autres marchés d’Afrique. Certaines des grandes entreprises sud-africaines, comme «MTN», dans les télécoms ou «Aspen», dans les médicaments génériques, ne cachent d’ailleurs pas leur intérêt pour le marché marocain. Des pistes de coopération sont par ailleurs à explorer en matière de transport et logistique, de santé et de tourisme. Malgré ce grand potentiel, les relations avec l’Afrique du Sud sont restées particulièrement tendues et ce, depuis 2004.

Le Maroc avait décidé, suite à la reconnaissance par Pretoria de la RASD, de retirer son ambassadeur et de réduire l’activité diplomatique au strict minimum, avec la seule présence d’un chargé d’affaires au sein de la représentation marocaine. Depuis cette période, l’Afrique du Sud a continué à s’opposer systématiquement à tout rapprochement avec le Maroc et son président, Jacob Zuma, s’est affiché comme un allié inconditionnel de l’Algérie et du Polisario. «Malgré les efforts de part et d’autres en vue d’élever les relations économiques et commerciales, de hauts responsables intervenaient à chaque fois pour faire capoter les projets d’accord et les démarches de coopération», confie une source proche du dossier.

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Stratégie continentale

Les prochaines élections présidentielles de 2019, signant la fin de mandat du président Jacob Zuma, sont vues comme une opportunité afin de relancer les relations entre les deux parties. «Il faut commencer par travailler nos relations avec les partis politiques, y compris l’ANC qui a longtemps eu une position hostile à notre cause nationale. Nous devons faire en sorte de dépasser ces pressions internes propres à l’Afrique du Sud, en mettant clairement l’accent sur le partenariat économique», affirme Bensaid. En agissant sur l’Afrique du Sud, le Maroc pourrait également faire fléchir la position de plusieurs pays alentours qui demeurent largement influencés par la vision de Pretoria. «La stratégie africo-africaine que mène le Maroc doit également passer par ces pays stratégiques, comme le Nigéria et l’Afrique du Sud qui peuvent émettre des vetos régionaux», souligne Boubrahimi qui estime que «pour intégrer l’Afrique dans son ensemble, le Maroc doit intégrer les pays avec lesquels il n’avait pas de relations commerciales et les forums où il n’était plus présent».

Cet éventuel rapprochement avec l’Afrique du Sud est à mettre dans un contexte beaucoup plus global et régional. La politique étrangère marocaine semble de plus en plus tournée vers une vision continentale avec notamment la volonté du royaume de reprendre la place qui est sienne au sein de l’Union africaine.

Le royaume a également démontré sa volonté de développer les relations économiques avec le Nigéria. Une récente visite du ministre délégué aux Affaires étrangères Nasser Bourita à Abuja a permis d’explorer les pistes de coopération en matière de valorisation agricole et de lutte contre l’extrémisme. «L’Afrique du Sud et le Nigéria sont les deux premières puissances commerciales et économiques de l’Afrique. Une amélioration des relations avec ces pays aura certainement un impact important sur les relations bilatérales et continentales», explique Boubrahimi.

  1. Le projet d’un accord commercial continental ne pourrait d’ailleurs se développer que dans le cadre d’un partenariat élargi avec ces pays. «Dans ce sens, le partenariat avec le Maroc permettrait à l’Afrique du Sud un meilleur accès vers l’Union européenne, les pays arabes ou encore les pays d’Orient, avec lesquels le Maroc dispose de relations économiques et commerciales bien établies», commente Nabil Boubrahimi. Réciproquement, le Maroc pourrait gagner un meilleur accès vers les pays de l’Afrique de l’Est et ceux du Sud qui sont restés, pendant longtemps, la chasse gardée de pays comme l’Afrique du Sud. «Des pistes de partenariats économiques, stratégiques et même politiques s’ouvrent désormais. Il existe un intérêt commun qui doit se développer pour notre bien et pour le bien de l’Afrique», conclut Bensaid.

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